Parfois, les meilleures photos sont celles qu'on ne prend pas
Je suis photographe. Normalement, les images c’est mon truc, beaucoup plus que la course à pieds… :-)
Ce week-end de fin mars à Rome, j'avais des projets plein la tête. La street photography, quand je suis en vacances dans les grandes villes, j’adore ça — et Rome, avec ses ruelles, sa lumière, sa vie dans la rue, c'était une occasion rêvée. J'avais de grandes attentes. Sauf que la réalité d'un week-end marathon, c'est autre chose ! :)
Plus de 35 000 coureurs au départ. Où est Charlie ?
Ma femme courait avec neuf autres membres de Cours'y Vit', son association de running de Vitry-le-François. Dix adhérents qui se sont lancés dès janvier dans une préparation sérieuse : quatre entraînements par semaine avec leur coach Jérôme Dorémus, dont la fameuse sortie longue du dimanche — quel que soit le temps, neige comprise. Un programme qui s'intensifie à l'approche de l'échéance, les kilomètres s'accumulent, les jambes s’endurcissent. Et au bout : la ligne d'arrivée, franchie par les dix. Une belle aventure collective — que j'ai vécue depuis le trottoir, la gorge serrée, à chercher ma femme dans la foule avec une appli de suivi qui accusait 300 mètres d’avance et une batterie de téléphone qui rendait l'âme au bout de deux heures.
Une photo de groupe avant le départ. Iphone, stress qui monte, la foule.
Je me suis fait submerger par les émotions, par la foule, par l’événement. Trop de charge mentale aussi. Et finalement, j'ai fait un choix — conscient ou pas, je ne sais plus trop. Profiter de ce week-end trop court, engranger les souvenirs plutôt que les photos. Être mari-supporter avant d'être photographe ! J’ai beaucoup couru, sac sur le dos, Leica et deux optiques dans le sac (la qualité allemande ça pèse trop lourd en fait !). J’ai pu retrouver ma femme sur quelques points mais c’est loin d’être simple. Le stress de l’accompagnateur, je trouve qu’on devrait en parler dans les magazines de running.
La démesure du Colisée
Quelques images quand même : le Colisée, en noir et blanc, pour garder une trace de cette démesure de pierre et d'histoire. Parce qu'on a beau le voir en photo, en vidéo, sur Internet — rien ne prépare vraiment à se retrouver devant. L'échelle est absurde. La masse, écrasante. On comprend mieux, debout au pied des gradins, pourquoi Astérix concluait invariablement : "Ils sont fous, ces Romains." Il n'avait pas tout à fait tort !
La foule des visiteurs…
Une semaine plus tard, l'équipe débarquait dans mon studio à Vitry-le-François. Reposés. Souriants. Fiers — et ça se voyait. Les mêmes personnes que sur la photo prise avant le départ, mais cette fois dans des conditions optimales : lumière maîtrisée, pose travaillée, regards assumés. Leurs médailles autour du cou, leurs tenues SPQR — Senatus Populusque Romanus, "le Sénat et le peuple romain", la devise gravée dans la pierre de la ville depuis l'Antiquité — et cette fierté, cette joie de ceux qui ont relevé le défi et sont allés jusqu’au bout ! Chacun a amélioré son record personnel, ou a participé pour la première fois, ce qui est déjà une grande victoire de mon point de vue.
Portrait de groupe des marathoniens : une belle façon de conclure cette aventure !
C'est ça, la différence entre une photo prise sur le vif et un portrait réfléchi. L'émotion est la même. Mais l'image, elle, peut durer. Quant à mes envies de street photography, ce sera pour une prochaine fois. Rome est une ville tellement riche … on y retournera mais cette fois, sans course au programme !
D’autres photos du colisée visibles sur mon compte insta si le sujet vous intéresse ;-)